Georges Henri Rivière (1897-1985)

Si le nom de Georges Henri Rivière rappelle l’épopée montmartroise - il était le neveu de Henri Rivière, créateur du théâtre d’ombres au fameux cabaret du Chat noir — il est plus étroitement lié au musée d’ethnographie du Trocadéro, puis au musée de l’Homme qui ouvrit ses portes au public en 1938. Aux côtés de l’américaniste Paul Rivet, il permit à cette institution d’évoluer dans la voie de la modernité et de connaître un réel essor.

La première expérience muséologique de Georges Henri Rivière fut une exposition d’art précolombien qu’il organisa au Musée des Arts décoratifs en 1928 et qui remporta un vif succès. Ses amis surréalistes l’avaient initié à cet art et lui avaient également inculqué le sens " d’une esthétique qui valorise le fragment, l’objet insolite, le rapprochement inattendu ".

Enthousiasmé par cette exposition, Paul Rivet, promu cette année-là directeur du musée d’ethnographie du Trocadéro, proposa à Georges Henri Rivière de le seconder en vue d’une réorganisation du musée.

Nommé sous-directeur, George Henri Rivière s’appliqua à redonner vie à cette institution tombée en désuétude depuis une trentaine d’années, qui allait devenir un centre d’enseignement et de recherche scientifique, et multiplier les manifestations de grande qualité, parfois originales. Par exemple, l’une des grandes têtes en pierre de l’île de Pâques fut érigée sur la place de Chaillot à l’occasion d’une exposition consacrée à cette partie du monde.

Claude Lévi-Strauss salua le travail qu’entreprit Rivière au Trocadéro : " Il a inventé une muséologie d’avant-garde, puritaine, avec une élégance raffinée, où l’objet parlait pour lui-même et par lui-même ".

George Henri Rivière visait en effet à une réconciliation entre l’ethnologie et l’esthétique. Il lui semblait qu’un musée moderne devait prendre en compte ces deux disciplines complémentaires. D’ailleurs, parmi les rôles assignés au musée d’ethnographie du Trocadéro figurait l’aspect artistique : " que ce soit dans les galeries publiques ou dans les magasins qui leur seront ouverts sur demande, les artistes et artisans trouveront dans les objets d’art primitif non seulement l’idée d’une multiplicité de techniques inconnues de notre civilisation, mais aussi maints décors et formes qui rafraîchiront heureusement leur inspiration ".

Même si l’œuvre d’art était au cœur des préoccupations - une salle des Trésors fut créée en 1932, avec l’aide du sculpteur Jacques Lipchitz — le Trocadéro n’avait pas pour autant la vocation d’être un musée des Beaux-Arts. C’était surtout sous l’angle de la culture matérielle, par une appréhension beaucoup plus fine de son usage, que l’objet était considéré.

A cette fin, des expéditions conduites par des homme de terrain et de talent tels que Marcel Griaule, Michel Leiris, Maurice Leenhardt, Alfred Métraux furent montées. Rivière s’occupait du montage de ces missions ethnographiques (Dakar-Djibouti et Sahara-Soudan furent les deux plus importantes) et assurait la liaison entre leurs protagonistes. Il prenait part également à l’inventaire des documents et des objets qui arrivaient massivement au terme de ces expéditions.

Malgré les nombreuses tâches qu’il devait mener à bien au sein du Trocadéro et qu’il poursuivit au Musée de l’Homme, Georges Henri Rivière parvint à diriger le musée des Arts et Traditions populaires, créé le 1er mai 1937, et à assumer une activité régulière au sein de l’ICOM. Il participa aussi, en tant que rédacteur et coordinateur, à la revue Documents, fondée en 1929 et à laquelle furent associés, entre autres, Carl Einstein, Leo Frobenius, Georges Bataille, Michel Leiris, Marcel Griaule, Paul Rivet…

 

 

 

 

“L'écomusée: une école, un laboratoire, un conservatoire, un miroir”.
C’est en ces termes que George-Henri Rivière, fondateur des écomusées en définissait les orientations. L’écomusée se veut un lieu de convergence entre passé et présent, un lieu de réflexion où le patrimoine peut aider à appréhender les problèmes actuels de nos sociétés.